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Date : 19 novembre 2020

L’hiver russe est-il vraiment responsable de l’échec de la campagne de Russie ?

Il n’est pas rare d’entendre l’expression « Général Hiver » pour désigner le vainqueur de la campagne de Russie. Cette expression est d’ailleurs apparue non pas en France, mais dans un journal anglais qui relatait les événements. Certains rétorquent alors que la retraite de Russie n’a pas eu lieu en hiver, mais en automne.

En effet, la Grande Armée quitte Moscou le 19 octobre 1812 et les derniers survivants non-déserteurs achèvent leur retraite le 14 décembre. Or, dans l’hémisphère Nord, l’hiver débute officiellement le 21 décembre.

La responsabilité de l’hiver russe dans l’échec de Napoléon serait-elle un mensonge ? Nous allons voir que non, et pour deux raisons.

Lorsque Napoléon pénètre en Russie en juin 1812, il est à la tête d’une armée aux dimensions gargantuesques : 600 000 hommes. C’est la plus vaste armée jamais réunie en Europe, et probablement dans le monde. La majorité de cette armée était cependant composée de soldats étrangers venus des nations conquises par Napoléon, où le sentiment anti-français était considérable, et dont la loyauté envers l’Empereur était discutable.

Cette armée dénote ainsi avec les armées des premières campagnes napoléoniennes, où les soldats français, ivres de patriotisme et de ferveur révolutionnaire, avaient remporté les victoires les plus spectaculaires en dépit d’une large infériorité numérique, comme à Rivoli, Austerlitz, Iéna ou Auerstedt.

Malgré plusieurs affrontements, les Russes se montrent impuissants face à l’avancée de la Grande Armée, et Napoléon conquiert Moscou après la terrible bataille de la Moskova.

C’est alors que l’hiver russe entre en jeu. Nous sommes en automne, et les Russes se sont repliés vers l’Est. Ils ont pris soin d’incendier tout ce qu’ils laissaient derrière eux, y compris leur propre capitale. Napoléon s’installe alors dans les ruines de Moscou pour réfléchir à la situation. S’il se lance vers l’Est à la poursuite des Russes, il est certain que l’entreprise l’occupera plusieurs mois encore, et que l’hiver aura le temps d’arriver. Il se retrouvera alors bloqué jusqu’au printemps.

Or, l’absence de Napoléon à Paris constitue un risque pour son pouvoir. Lorsque l’empereur est loin, le terrain est libre aux conspirations, comme celle du général Malet, qui affirma sans trembler que Napoléon était mort en Russie et que le Sénat demandait un gouvernement provisoire. Malgré un faux document rédigé avec beaucoup d’application, il fut démasqué et exécuté.


De plus, Napoléon doit constamment se tenir prêt à intervenir contre les rébellions qui éclataient sans cesse aux quatre coins de son empire. Plus un empire est vaste, plus les rébellions sont nombreuses et nécessitent une mobilité importante pour les écraser à temps. Or, en 1812, Napoléon domine presque toute l’Europe. Il est « victime de son succès ».

Chaque jour de plus passé en Russie est donc un risque pour la sécurité de l’Empire, laissé à la merci des sécessions au sein des nations conquises et des coups d’État à Paris. Il est totalement inconcevable de rester loin de Paris jusqu’au printemps. C’est pourquoi, alors même qu’aucune armée russe n’a été capable de le vaincre, Napoléon décide le 18 octobre de rentrer à Paris et prend la route le lendemain. C’est donc bien l’hiver qui, par la simple menace de son arrivée prochaine, a mis en échec l’invasion de la Russie.

La deuxième raison est bien simple. La retraite de Russie a certes eu lieu en automne, mais il a surgi des brumes du mois de novembre un froid absolument dévastateur, bien plus puissant que celui des hivers occidentaux. Les températures atteignaient -25°C, les armes et les vivres gelaient, les hommes et les chevaux mouraient de froid par milliers et s’effondraient dans la neige. Les désertions furent si nombreuses qu’elles coûtèrent plus de soldats que toutes les batailles réunies.

S’il ne s’agissait à proprement parler pas d’un hiver, il est évident que cela en avait le goût. Ce n’est pas la période calendaire qui est incriminée dans l’expression « Général Hiver », mais le froid, qui lui était bel et bien au rendez-vous. Certains résument simplement l’affaire en disant que l’hiver est arrivé en avance !

On peut faire un parallèle avec la Grande Infamie, la guerre qui déchire la Ligue et pendant laquelle les différentes saisons vont jouer un rôle important. Le Sort des Saisons commence par un Hiver très long (plus d’un an), et très rude, qui a pour but de bloquer l’avancée des troupes afin de terminer rapidement la prise du Nord. Pour en savoir plus sur le déroulement et l’ambiance de la Grande Infamie, découvrez la nouvelle Vinn dans nos Médias (créez un compte pour accéder à cette page).



Si l’hiver de 1812 a empêché Napoléon d’envahir la Russie, l’hiver 2020 – 2021 qui s’annonce ne doit pas vous empêcher de profiter des produits du Projet CarTylion ! Continuez votre navigation sur notre site et n’hésitez pas à nous faire part de tous vos commentaires sur notre travail !

Découvrez Pierre-Yves du Projet CarTylion. Spécialisé en géopolitique, il travaille à la création de l'univers d'ambiance médiévale fantastique de 3ème Aube.
Géopolitique
 

1 reply on “L’hiver russe est-il vraiment responsable de l’échec de la campagne de Russie ?”

    1. L’article est très bien construit et répond parfaitement a nos interogations lorsque que l’on clic dessus

      4 j'aime

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