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Date : 14 février 2020

Correspondance

Un petit délire d’Aman pour la Saint-Valentin ! Et bonne fête à tous les amoureux ! 



“Mais en vrai c’est pas plus mal, lol… ” marmonne Adèle en achevant de taper son message.

Elle appuie sur « envoyer », se réinstalle le plus confortablement possible contre ses oreillers et retourne sur Instagram.

Le hibou prend son essor, missive accrochée aux serres.
Par-delà les océans figés dans le temps de la grande toile.
L’heure n’existe pas ici, mais rien n’est jamais désert.
Derrière les montagnes, les lumières brillent dans le val.
De ses ailes virtuelles, l’émissaire vole, haut et fier.
A peine est-il parti que le voilà arrivé, vent dans les voiles.
Une lumière rouge s’allume, le hibou retourne à l’aether.



Matéo guette avec impatience l’icône de notification, et lorsque celle-ci s’allume, indiquant la réponse de sa belle, il clique aussitôt dessus pour dévorer le message du regard : « Mdr cé cool que tu dors pa. vu que cé la saint valentin toutes mes potes son avc leurs mek. Cé trist la vie de celib hein ajd hein? Mai en vrai, cé pa plu mal lol. »
Un grand sourire se dessine sur le visage de Matéo et sans prendre le temps de réfléchir, il se rue sur son clavier afin de rédiger sa réponse. Puis, en quelques clics, il va chercher une image pour la joindre au message.

Enfin, il appuie sur « envoyer ».  

Le hibou doit faire un détour pour ce trajet.
Il sait quelles landes l’attendent ce voyage.
Tumblr, terres de folle perdition s’il en est.
Il agrippe le portrait au vol, et quitte ces rivages
Fuyant les galeries de chats, il regagne les nuées.
Volatile et irréel, il est de nouveau dans les nuages.
Stratocumulus de datas, averses de vie et d’octets.  
Et la lumière pourpre au terme de ce monde sans âge.

Adèle est en train de parcourir le fil Instagram d’Emilia, partie en vacances en Floride, lorsque la notification apparaît dans un coin de son téléphone. Elle continue de contempler, envieuse, les photos ensoleillées de son amie pendant quelques minutes avant d’ouvrir le message. Sans surprise, il s’agit de Matéo et elle jette un coup d’œil à la réponse de son ami nocturne : « En parlant de saint valentin, j’ai vu cette image sur tumblr aujourd’hui, et ça m’a fait penser à toi. C’est trop chiant que tu puisses pas venir ici, plus souvent, on passerait de supers moments ensemble ! Les nuits blanches qu’on passerait ! Hehe, ça pourrait devenir très… intéressant !   »
Elle acquiesce distraitement avant de saisir le sens du message. Puis elle fronce les sourcils et jette un coup d’œil à l’artwork en pièce jointe avant de retourner contempler les plages de Miami. Ce n’est qu’après avoir fini l’album qu’elle retourne sur sa messagerie afin de répondre à Matéo.

Le trajet est bien plus aisé cette fois-ci pour le virtuel volatile
Le message est léger, il pourra faire le voyage sans trêve.
Il prend de l’altitude, esquive la nuée de becs twitter hostile.
Contemple au loin les mers snapchats, éphémères et brèves.   
Se gausse au-dessus des forêts félines de youtube et ses idylles.
Toutes voiles au vent, il arpente l’univers de songes et de rêves.
Il atterrit dans la boite de réception, délivre ses mots et file.  

Matéo se demande si elle n’était pas allée dormir finalement mais lorsque la notification arrive, il pousse un long soupir de soulagement. Puis, nerveux, se mordant les lèvres, il ouvre le message étonnamment court : « Commen sa intéressant » ? »
Le cœur de Matéo manque un battement avant de se transformer en batterie tonitruant dans sa poitrine. Il ferme les yeux quelques instants avant de rédiger sa réponse, la gorge sèche mais déterminé. Après tout, c’est la Saint Valentin. Aujourd’hui ou jamais.

Même s’il n’a pas de volonté propre, le hibou est surpris.
Il se serait attendu à ce que le message soit plus lourd.
Mais il ne l’est pas et le hibou poursuit la route des duperies.
Il survole le Mont Google et sa cohorte de troubadours.  
Danse à la frontière du deep-web, flirtant avec les esprits.
Chassant sous les étoiles érotiques, il boit leur faux-amour.
Et, une fois de plus, revient sous la lumière cramoisie.

Adèle doit s’avouer qu’elle est curieuse de lire la réponse de Matéo cette fois-ci. Elle avait certains soupçons déjà, mais là, plus vraiment de doute possible. Elle attend juste la confirmation. Qui ne tarde pas à arriver. Résignée, les lèvres pincées, elle ouvre le message. « Tu sais très bien de quoi je parle. Tu sais très bien que tu m’as toujours plu, ne fais pas semblant ! »
Adèle hausse un sourcil et soupire, à la fois de dépit et d’embarras. Puis elle se concentre pour trouver les mots. Ce n’est jamais facile.

Le hibou fait sa vie, il n’est pas réquisitionné pour l’instant.
Du coup il n’existe pas. Et pourtant il est là, en datas et pixels.
La question plane un moment sur la vallée, portée par le vent.
Est-ce que ce monde virtuel n’est pas désormais parfaitement réel ?
La question se dissipe au bout d’une éternité à peine dans ce présent.
Le hibou est appelé, il a une missive à porter, un nouveau courriel.

Matéo fait les cent pas dans sa chambre. Il se ronge les ongles. Il n’est plus qu’une boule de nerfs et d’angoisse. Il regrette tellement son dernier message, il n’aurait jamais dû l’envoyer, il aurait dû garder ça pour lui. C’était une erreur, se déclarer ainsi… mais quel crétin il a bien pu être pour penser que ce serait une bonne idée.
L’icône de notification s’allume, presque brutalement, et, pris de vertiges, Matéo plonge vers son ordinateur…
« Je suis désolée, je n’avais pas réalisé. Mais tu sais bien que c’est compliqué dans ma vie et ça m’embêterait de ne plus te parler. Tu es quelqu’un que j’apprécie vraiment mais pas comme ça. On s’appelle demain pour en parler si tu veux. »
Il a envie de crier. Il s’y était attendu, bien sûr, mais ça n’y change rien… Furieux et sans même prendre le temps de réfléchir, il se rue sur son clavier et commence à écrire…

Le hibou désabusé contemple les mots se former.
Un nouveau trajet en perspective, c’est évident.
Lorsque, soupirant, un ange se pose à ses côtés.
« T’emmerde pas, je vais gérer leur cas maintenant. »
Le hibou hausse les épaules et s’écarte, le laissant passer.
Cupidon, colérique, inspire. « Bon, allons crever l’écran. »

Les doigts de Matéo continuent de filer sur le clavier à mesure que sa tirade enflammée prend forme sur l’écran… Dans un premier temps, il ne remarque pas l’ombre qui semble envahir ses pixels et ce n’est que lorsque la forme émerge totalement face à lui qu’il tique enfin. Matéo cligne stupidement des yeux et se retrouve comme un con à contempler un ange au regard furieux, armé d’un arc et le fustigeant de ses plumes : 





Alors, mettons les choses au clair, jeune abruti.
La prochaine fois que tu comptes déclarer ta flamme,
Tu te démerderas tout seul, moi j’ai d’autres envies,
Tu prendras tes pieds et tu iras jusqu’au bus ou au tram,
Et tu iras jouer le joli-cœur en personne, c’est ta vie.
Droit dans les yeux, la langue affutée comme une lame.
Sans tricher par l’écran, le virtuel et sans préavis,
Mon copain le hibou en a marre de tes états d’âme.
Alors va lui dire en face, espèce de gros yéti !  

Hibou avec ballon en forme de cœur et texte "Happy Valentine's Day"

Aman
 
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